Un projet de Pere Montiel

Du référendum au 155

Le reportage se concentre sur les événements vécus à Barcelone entre le 20 septembre 2017 et l’application de l’article 155. Ces semaines-ci ont généré une énorme quantité d’images réalisées tant par les citoyens que par les professionnels des médias.

LE DÉPARTEMENT DE L’ÉCONOMIE

Le 20 septembre 2017, la Garde civile déploie une vaste opération policière pour empêcher la tenue du référendum, avec des perquisitions dans plusieurs départements de la Generalitat et l’arrestation de plusieurs de ses responsables. Le même jour, des militants et sympathisants de la CUP empêchent pacifiquement une tentative de perquisition de leur siège. Carles Puigdemont dénonce l’intervention de la Generalitat et la suspension de son autonomie.

Des milliers de personnes se rassemblent devant le Département de l’Économie. Après la perquisition, la sortie des agents se complique en raison de l’affluence massive des manifestants. Dans la soirée, Jordi Sànchez et Jordi Cuixart demandent aux participants de se disperser, tandis que les Mossos d’Esquadra s’efforcent de rétablir la normale dans les rues avoisinantes.

Les deux premières photos correspondent à la tentative de fouille du siège de la CUP. Le reste est de la concentration contre la fouille faite par la Guardia Civil, au ministère de l’Économie de la Generalitat de Catalunya. Barcelone, 20 septembre 2017.

LES ARRESTATIONS

Le 21 septembre, l’indignation et les mobilisations s’intensifient. Les étudiants bloquent l’avenue Diagonal et l’ANC et Òmnium organisent un rassemblement devant le Tribunal supérieur de justice de Catalogne (TSJC), qui ne prendra fin que le lendemain, lorsque les personnes arrêtées seront remises en liberté. Le jour suivant, un autre rassemblement est organisé à la Cité de la Justice, à L’Hospitalet, tandis que les personnes arrêtées comparaissent devant le juge.

Acte devant le TSJC et concentration dans la Cité de la Justice le lendemain. 21 et 22 septembre 2017.

LA CAPUCINADE

Le 22 septembre, les étudiants occupent de manière permanente le bâtiment historique de l’Université de Barcelone (UB). La décision est prise dans différentes facultés lors de la manifestation unitaire organisée sur la Plaça Universitat. L’occupation dure dix jours, jusqu’au 2 octobre.

Occupation de l’Université de Barcelone (UB) et acte à la Plaza Universitat. 22 septembre 2017.

LES GRÈVES ÉTUDIANTES

Outre l’occupation de l’UB, l’implication des étudiants fut particulièrement importante. Le 28 septembre, le Syndicat des Étudiants convoqua une grève générale dans toute la Catalogne. La mobilisation fut un succès. À Barcelone, une manifestation rassembla plus de 15 000 étudiants du secondaire et de l’université.

La plateforme Universitats per la República convoqua une grève étudiante le 26 octobre contre l’application de l’article 155 de la Constitution, annoncée quelques jours auparavant par Mariano Rajoy. Les étudiants exigeaient également la libération des Jordis. À midi, Carles Puigdemont annonça qu’il convoquerait des élections autonomiques au lieu de lever la suspension de la déclaration d’indépendance. Pendant quelques heures, les étudiants se sentirent trahis et la grève se transforma en une protestation contre cette décision.

Manifestations d’étudiants organisées par le Syndicat d’Étudiants et Universités pour la République. 28 septembre et 26 octobre 2017.

LES TRACTORADES

Les syndicats agricoles ont organisé des marches et des rassemblements de tracteurs dans toute la Catalogne afin de revendiquer la tenue du référendum et la défense de la démocratie. D’importants embouteillages se sont produits sur les routes. Le principal rassemblement eut lieu à Barcelone, le 29 septembre 2017, avec plus de 400 tracteurs venus de toute la Catalogne. Il se tint à seulement un carrefour de la Délégation du Gouvernement espagnol.

Tractorée à Barcelone. 29 septembre 2017.

MEETING DE CLÔTURE DE CAMPAGNE

Le 29 septembre 2017, un grand meeting de clôture de campagne fut organisé afin d’appeler à voter « Oui » au référendum sur l’indépendance de la Catalogne. À la Fontaine Magique de Montjuïc, un grand rassemblement unitaire réunit les organisations souverainistes, les partis indépendantistes, ainsi que des représentants d’EUiA et de Barcelona en Comú. Le président Puigdemont conclut le meeting. La Garde Civile se présenta sur les lieux et remit une notification.

Acte de fin de campagne pour le référendum aux Fonts de Montjuïc. 29 septembre 2017.

LE 1er OCTOBRE

Bien que, dans les jours précédents, la Garde Civile ait procédé à de nombreuses perquisitions et saisi une grande quantité de matériel électoral, elle ne parvint pas à empêcher que les urnes et les bulletins de vote arrivent dans les bureaux de vote. Le Gouvernement de la Generalitat de Catalogne organisa le référendum contraignant sur l’indépendance de la Catalogne le dimanche 1er octobre 2017. Dans de nombreux établissements scolaires, les associations de parents d’élèves (AMPA), la population civile et les Comités de Défense du Référendum (CDR) organisèrent des activités et occupèrent les locaux afin d’empêcher la Police nationale et la Garde Civile de les fermer. Dans la nuit du samedi, de nombreuses personnes dormirent dans les écoles. Les Mossos d’Esquadra se présentèrent sur place pour avertir les occupants et les personnes rassemblées qu’ils enfreignaient une décision de justice s’ils ne les laissaient pas accéder aux bureaux de vote. Les manifestants refusèrent. Malgré cela, les Mossos réussirent à fermer certains bureaux. Tôt le dimanche matin, les bureaux de vote furent constitués et, comme certains avaient été fermés, le Gouvernement de la Generalitat activa le recensement universel. Dans toute la Catalogne, la Police nationale et la Garde civile eurent recours à la violence pour pénétrer dans les bureaux de vote et saisir les urnes. Plus d’un millier de citoyens furent blessés par les forces de police espagnoles. La communauté internationale condamna les faits, bien que la Commission européenne ait adopté une position ambiguë et apporté son soutien au Gouvernement espagnol. La participation au référendum atteignit 43,03 % du corps électoral et le « Oui » à une république indépendante l’emporta avec 90,18 % des suffrages.

Photos de la performance de la Police Nationale à l’Institut Ramon Llull, des votes et de l’écran géant de la Place Catalunya. 01 octobre 2017.

LES GRÈVES GÉNÉRALES

Le 3 octobre 2017, des organisations, des syndicats et des associations réunis au sein de la Taula per la Democràcia ont appelé à une grève générale, ou « arrêt du pays », afin de protester contre la répression et les violences exercées par l’État espagnol durant le référendum. La mobilisation fut très largement suivie, en particulier lors des manifestations dans les rues. Les principaux axes routiers furent bloqués.

Le 8 novembre, les syndicats indépendantistes convoquèrent une grève générale pour protester contre le recul des droits sociaux, la précarité du travail et le décret-loi royal ayant facilité le transfert d’entreprises établies en Catalogne vers d’autres communautés autonomes. De nombreux barrages routiers furent mis en place sur les principaux axes du pays, tandis que les gares de l’AVE de Barcelone et de Gérone furent occupées. L’entrée et la sortie des véhicules à La Jonquera furent également bloquées.

Photos des deux grèves générales convoquées durant cette période de troubles. 03 octobre 2017 et 08 novembre 2017.

DÉCLARATION ET SUSPENSION DE L’INDÉPENDANCE

Le 10 octobre, le président de la Generalitat présente au Parlement de Catalogne les résultats du Référendum. La victoire du « Oui », conformément à la Loi sur le référendum d’autodétermination, implique la déclaration d’indépendance et l’entrée en vigueur de la Loi de transition juridique et fondatrice de la République. Puigdemont proclame l’indépendance, puis la suspend immédiatement de manière temporaire afin d’ouvrir des négociations avec le Gouvernement du Royaume d’Espagne. Des milliers de personnes suivent la séance parlementaire depuis le Passeig Lluís Companys, à l’appel de l’ANC et d’Òmnium Cultural. Une certaine déception s’empare de la foule lorsque Puigdemont suspend la déclaration d’indépendance.

Sur le Passeig Lluís Companys de Barcelone, un écran géant a été installé pour suivre la séance plénière du Parlement. Puigdemont déclara son indépendance – pour la suspendre ensuite – face aux faces de déception des assistants. 10 octobre 2017.

MOBILISATIONS POUR LA LIBÉRATION DES JORDIS

La réponse de l’État à la déclaration d’indépendance et à sa suspension temporaire fut le placement en détention provisoire du président de l’ANC, Jordi Sànchez, et du président d’Òmnium Cultural, Jordi Cuixart, le 16 octobre, accusés du délit de sédition à la suite des mobilisations du 20 septembre. Dans les jours qui suivirent, des mobilisations furent organisées dans toute la Catalogne pour réclamer la libération de ces prisonniers politiques, désormais connus sous le nom de Els Jordis.

Les présidents de l’ANC et d’Òmnium Cultural, Jordi Sànchez et Jordi Cuixart, furent convoqués à comparaître devant l’Audiencia Nacional, puis placés en détention sans possibilité de libération sous caution. Après cinq jours d’emprisonnement pour un présumé délit de sédition, une manifestation fut organisée le 21 octobre sur le Passeig de Gràcia afin d’exiger leur libération. Elle fut conduite par le gouvernement catalan et rassembla également des représentants d’autres formations politiques et d’entités de la société civile catalane.

Concentration au Parlement de Catalogne et manifestation sur le Passeig de Gràcia de Barcelone demandant la liberté de Jordi Sànchez et Jordi Cuixart. 16 et 21 octobre 2017.

CONCENTRACIÓ CONTRA L’ARTICLE 155

A les 17h. Del dia 26 d’octubre, en Carles Puigdemont canvia d’opinió i en comptes de convocar eleccions, confirma que fel Parlament farà la DUI. Aquella vesprada, nombroses persones es van concentrar davant les portes del Parc de la Ciutadella – l’accés era barrat pels Mossos -, en contra de l’article 155 de la Constitució i en favor de la República Catalana.

Concentration aux portes du Parc de la Ciutadella, siège du Parlement de Catalogne, contre l’application de l’article 155 de la Constitution espagnole. 26 octobre 2017.

PROCLAMATION DE LA RÉPUBLIQUE CATALANE

Le 27 octobre, le Parlement de Catalogne approuva la déclaration d’indépendance signée le 10 octobre par les députés indépendantistes, qui constituait la Catalogne en État indépendant et souverain. Après le vote au Parlement et la proclamation de la République catalane, l’euphorie éclata dans les rues autour du Parc de la Ciutadella. Les personnes rassemblées sur le Passeig Pujades, en larmes d’émotion, débouchèrent des bouteilles de cava et firent exploser des pétards.

Images de la proclamation de la République Catalane vue sur écran géant autour du Parc de la Ciutadella et de la célébration sur la place Sant Jaume. 27 octobre 2017.

LIBÉRATION DES PRISONNIERS POLITIQUES

L’État répondit au processus indépendantiste catalan par l’emprisonnement de tous les membres du Gouvernement de la Generalitat qui n’avaient pas fui en Belgique. La juge de l’Audience nationale, Carmen Lamela, ordonna le placement en détention provisoire sans possibilité de libération sous caution du vice-président, Oriol Junqueras, ainsi que de sept autres anciens conseillers du gouvernement autonome, poursuivis pour les délits de rébellion, de sédition et de détournement de fonds en lien avec le processus indépendantiste. Le ministère public demanda également à la magistrate de délivrer un mandat d’arrêt européen contre l’ancien président, Carles Puigdemont, ainsi que contre les quatre membres du gouvernement qui s’étaient rendus à Bruxelles. Dans l’après-midi du 2 novembre 2017, des milliers de personnes se rassemblèrent devant le Parlement de Catalogne lors d’un rassemblement organisé par les plateformes souverainistes afin d’exiger la libération des prisonniers politiques. Une cérémonie de soutien fut organisée, au cours de laquelle un manifeste fut lu et l’on chanta « Els Segadors ».

Le 11 novembre, Barcelone accueillit une grande manifestation. Selon la Guàrdia Urbana, 750 000 personnes remplirent la rue Marina, à l’appel de l’Assemblea Nacional Catalana et d’Òmnium Cultural, pour réclamer la libération des conseillers emprisonnés et des dirigeants des deux organisations souverainistes. Le slogan de cette grande mobilisation était : « Llibertat presos polítics, som república ». Des manifestants venus de toute la Catalogne y participèrent, dont beaucoup arrivèrent en autobus ; environ 900 autocars avaient été organisés par l’ANC et Òmnium.

Concentration devant le Parlement de Catalogne dans le Parc de la Ciutadella (Barcelone) et grande manifestation demandant la libération des prisonniers politiques dans la rue de La Marina. 2 et 11 novembre 2017.