Un projet d’Albert Castells et Pere Montiel

Albert et les juments

"L’élevage des juments, aux yeux de beaucoup d’entre nous qui vivons en milieu urbain, semble être un travail idyllique, romantique et épique. Une activité qui fait partie de la carte postale que nous espérons trouver à la montagne et qui nous aide à évoquer d’autres temps familiaux"

Entre 2016 et 2022, j’ai pris les photos qui accompagnent ce reportage documentaire. Ce sont des images du séjour des juments dans la montagne de Manyanet (Pallars Jussà), mais aussi de la participation des chevaux d’Albert au concours comarcal de Cheval Pyrénéen Catalan qui se tient chaque automne à La Pobleta de Bellveí, ainsi que de la transhumance hivernale du troupeau de chevaux jusqu’à Sensui.

La vallée de Manyanet et les juments. Albert observe avec des jumelles. Été 2020.

Albert est un éleveur de Salàs de Pallars qui se consacre à l’élevage de poulains de Cheval Pyrénéen Catalan. À quelques reprises, j’ai rendu visite à ses juments. Voir ces splendides animaux profiter des pâturages en pleine liberté est toute une expérience.

Différentes images d’Albert Castells, à la Foire de La Pobleta de Bellveí, dans la vallée de Manyanet et à Les Esglésies. 2019.

Le Cheval Pyrénéen Catalan a son origine dans le Cheval Catalan, une race de trait disparue avec la mécanisation, au milieu du XXe siècle. C’est un animal rustique et robuste, et son élevage est orienté vers la consommation de sa viande, très riche en oméga 3, collagène, fer, différents minéraux et vitamines, et qui ne contient pratiquement pas de graisses. Malgré ces excellentes caractéristiques, la majeure partie de la production des comarques pyrénéennes catalanes est commercialisée en France et en Italie.

Différents exemplaires de Cheval Pyrénéen Catalan, aussi bien pour la viande que pour le trait. Vallée de Manyanet, Foire de La Pobleta de Bellveí et Foire de Salàs de Pallars. Photos de 2016 à 2024.

De la fin du printemps jusqu’au milieu de l’automne, les chevaux d’Albert paissent à plus de 2 500 mètres, dans la montagne de Manyanet. Un paysage spectaculaire de prairies alpines, de ravins et de montagnes qui donnent vie à la rivière Manyanet. Un environnement idyllique que les troupeaux de juments, de vaches et de brebis contribuent à maintenir, en fertilisant le sol et en dispersant les graines.
D’autres espèces d’animaux sauvages cohabitent avec les chevaux. Marmottes, aigles, vautours, chevreuils et aussi l’ours. Comme on le sait, les éleveurs des Pyrénées sont opposés à la réintroduction de l’ours, car il représente un danger pour le bétail.

Les juments paissent dans les prairies de la vallée de Manyanet, tandis que les poulains tètent et dorment au soleil. Photos des étés 2019 à 2022.

Pendant le séjour des animaux à Manyanet, Albert monte une fois par semaine pour leur donner du sel, car l’herbe de la montagne est très douce et manque de minéraux. Il s’agit de l’apporter jusqu’à un endroit afin que les juments et les poulains, menés par les étalons, puissent lécher les pierres sur lesquelles le minéral a été déposé.

Albert et son fils montent des sacs de sel à Manyanet. Ils appellent les animaux pour qu’ils descendent lécher les pierres sur lesquelles ils ont laissé le minéral. Photos de 2019 à 2022.

Début octobre, le concours comarcal de Cheval Pyrénéen Catalan a lieu à La Pobleta de Bellveí. Albert y emmène habituellement ses animaux et a obtenu plusieurs prix au fil des différentes éditions. Les catégories sont sobranya (animal âgé d’un à deux ans), sobrany, terçona (animal âgé de deux à trois ans), terçó, quartó (moins de quatre ans), paire (jument et poulain) et cheval (entier). Quelques jours auparavant, dans une étable du village de Les Esglésies, aidé par Enric, un ami et voisin de Salàs de Pallars comme Albert, ils ont l’habitude d’apprivoiser et d’entraîner les animaux participants, car ils ont passé beaucoup de temps dans la montagne à l’état semi-sauvage.

À la grange de Les Esglésies, Albert fait descendre de Manyanet les chevaux qui participeront à la Foire de La Pobleta de Bellveí. Automne 2019.

Foire de La Pobleta de Bellveí, Albert, Enric et Gerard participent au concours de Cheval Catalan Pyrénéen. Automnes 2019 et 2022.

Le reportage conclut le cycle annuel de l’élevage des chevaux avec des photos de la transhumance des juments qui doivent mettre bas au printemps. Elles descendent des montagnes de Manyanet jusqu’au village de Les Esglésies, puis à Senterada et enfin jusqu’à la Plana de Sensui, sur le territoire municipal de Salàs de Pallars, où se trouve l’exploitation d’Albert.

Images de la transhumance des juments jusqu’à la Plana de Sensui, à Salàs de Pallars. Hivers 2016 et 2022.

En 2022, dans le cadre de la Foire de Salàs de Pallars, une première exposition du projet photographique « Albert et les juments » a été présentée dans la salle Pinacoteca de Salàs de Pallars.

Présentation de l’exposition « Albert et les juments » à la Pinacoteca de Salàs de Pallars. Foire de Salàs de Pallars. Automne 2022.

En réalité, l’élevage extensif est une activité dure, peu reconnue gastronomiquement en Catalogne, malgré le fait qu’il produise une viande de grande qualité et de proximité, avec les bénéfices que cela comporte pour la santé humaine et le milieu naturel. On tente d’inverser cette situation en s’appuyant sur la durabilité. Pour toutes ces raisons, ce reportage photographique documentaire veut soutenir cette manière traditionnelle et naturelle d’élever les animaux, ainsi que ceux qui travaillent chaque jour pour leur survie.